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"GAVRINIS"
DU PEINTRE MRIENE GATINEAU
Ce sont des œuvres sur papier au sceau de Gavrinis, ruisselantes du Cantique des Cantiques ; parfois proches des cartes des songes éthiopiens, parfois aussi des Amoco dont Prosper Mérimée, rédigeant sa note sur un sommet de l’île de Gavr’Innis, écrivait :" Chez les Zélandais, l’écriture est inconnue, mais il n’y a pas un chef qui ne sache dessiner un fac-similé du tatouage de sa face ; ce dessin qu’il nomment Amoco est pour chacun une marque, une signature en quelque sorte" ; l’auteur de la Vénus d’Ille poursuivait : "Je me demande si ces pierres couvertes de traits ne seraient pas des Amoco antiques "
Si l’écriture magique de l’aerc conjuratoire indéfiniment répété apparaît ici, ce qui est principe ce sont les attributs de la déesse celto-méditerranéenne ou bien celle, plus mystérieuse encore, du Chant de l’Ancien Testament.
Le tableau est déclinaison amoureuse du corps, blason hiérogamique :"Fais respirer mon jardin/ et que les baumes ruissellent."
Car d’aussi loin qu’elle s’éloigne, la figure amoureuse persiste.
Recueilli dans l’orangé, le rouge, le noir, atteint ici et là par le bleu sauvage, presque violet de l’océan, le regard sait autant que la main, qui peut dans l’éblouissement.
"Les Celtes étaient des grands dormeurs" écrit Simon Pelloutier (Histoire des Celtes, 1741).
Assurément, il aura fallu beaucoup dormir pour que l’interprétation continue à se confondre avec ce mouvement intime où le psychisme part de son propre fonds.
Dans cette activité s’engage en effet une position d’existence : une vie fait allégence, le destin la pousse. A l’écart de la soi-disant grande peinture, un art, dans le plein de sa vision, fait ressentir des humeurs de fruiton, de flamme, de flots ardents, comme un feu rouge qu’on entreverrait à travers des gouttes de pluie.
Le contempler suppose que nous l’ayons pressenti avant de lavoir vu.
Denise Le Dantec
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