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UN MUTANT DE LA PEINTURE, DESHAIES
Par Armand LANOUX, de l’Académie Goncourt.
Je n’avais vu de peinture de Deshaies. Son nom même m’était inconnu. Et je reçus en pleine face, ouragan de couleur, une grande toile rouge qui clamait la passion de la vie. C’était une gigantomachie de corps nus qui s’affrontaient tragiquement. Torses puissamment tordus, comme le veut l’étymologie, cuisses monumentales, luttes, ruts, épisodes impitoyablement révélés d’une vie des hommes qui fait penser à la célèbre vie des animaux, j’étais devant ce que je n’ai pas rencontré souvent chez les peintres d’aujourd’hui (je les compterais sur les doigts d’une main) : la force de peindre. Il y avait là une superbe hum animalité, un retour au paganisme comme le voyait Maupassant. En outre, c’était d’un art achevé, d’une composition magistrale et d’un éclat dans la couleur qui rappelait, en d’autres temps, les forçats modèles du Jugement dernier, les nus de Delacroix, et toute cette joie de vivre qui a justifié à la fois le fauvisme et l’expressionnisme de l ‘école de Chatou aux compositions des grands expressionnistes flamands, comme Constant Permeke. Je restais longtemps devant cette toile. Non seulement le peintre exprimait cette puissance, mais encore il se permettait d’être savant ! Il y avait un Ariel caché dans ce Caliban. Cette fougue du fameux « balai ivre « ( le plus beau compliment involontaire qu’on ait jamais fait à un peintre ) s’enrichissait de subtilités de virtuose, de savants glacis de carmin et de garance qui chauffaient les rouges à leur paroxysme. Dessin dans la masse, composition venue dans le geste, couleur à couper le souffle, cette peinture apocalyptique possédait la vertu suprême de la matière. Un enfant de Courbet ! J’eus alors une crainte . Et si ce n’était qu’un accident heureux ? Le lendemain, je vis d’autres tableaux, paysages, compositions insolites, comme la Mort du bélier, grand nu au miroir. Un peintre est né. Je ne sais toujours rien de lui, sinon qu’il a trente ans et qu’il est un mutant de la peinture contemporaine.
A.Lanoux
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 1,10 x 0,80 + marges
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