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Après avoir donné ces explications techniques un peu schématiques, il me sera plus facile de répondre à deux questions, qui laissent souvent perplexe, hésitant, le profane qui a envie d’acheter une estampe : Quand une estampe est-elle originale ? Qu’est-ce qu’un tirage limité ?
L’ESTAMPE ORIGINALE
Il existe plusieurs définitions de l’estampe originale. Qu’elles soient légales ou qu’elles émanent de groupements de spécialistes, elles insistent toutes sur le fait que l’estampe originale doit être « entièrement conçue et exécutée à la main par le même artiste, quelle que soit la technique employée ».
Ces définitions sont utiles car elles ont été instaurées pour lutter contre certains abus qui tendent à faire passer des estampes d’interprétation pour des estampes originales et qui se sont produits inévitablement chaque fois que le marché de la gravure a connu un certain essor. Mais, face au champ actuel des possibilités offertes à l’artiste qui veut explorer les ressources de l’estampe, elles me paraissent trop restrictives. Elles font des techniques manuelles traditionnelles le garant de l’originalité d’une estampe. Or les artistes sont là pour jouer et déjouer la tradition. Nous avons vu que la créativité, dans le domaine de l’estampe contemporaine, ne résidait pas seulement dans le fait de tout faire à la main et seul. La collaboration de l’imprimeur est souvent nécessaire, voire indispensable. L’originalité réside plutôt dans le fait que l’artiste ne se borne pas à reproduire à plusieurs exemplaires une œuvre déjà peinte ou dessinée, mais qu’il crée autre chose avec des matériaux, des instruments qui apportent leurs qualités particulières dans la conception et la réalisation de l’œuvre. Le seul critère d’originalité de l’estampe, c’est la sincérité de l’artiste, l’intégrité de l’imprimeur et de l’éditeur. La meilleurs protection de l’amateur, c’est sa connaissance.
LE TIRAGE LIMITÉ
L’estampe est, par définition, multiple, mais le tirage doit être limité. Ces deux notions contradictoires doivent cependant coexister pour que l’estampe conserve un statut, une valeur d’œuvre d’art. Elles ont chacune leurs défenseurs : pour les uns le tirage doit être très limité, la multiplicité n’est pas le but recherché, l’œuvre doit rester aussi unique et rare qu’un dessin ou une peinture. Pour les autres, l’estampe doit être largement diffusée pour palier le caractère élitiste de l’œuvre d’art. Elle est agissante par sa multiplicité. Les deux tendances ont tour à tour prévalu. On revient, actuellement à des tirages très limités (15 à 50 exemplaires au maximum), peut-être par réaction contre le véritable raz de marée d’estampes des années 60-70. Quoiqu’il en soit, le tirage d’une estampe doit être numéroté et signé par l’artiste qui en est l’auteur de la façon suivante :
- Les épreuves d’état doivent porter la mention état, avec le numéro de l’état, et le nombre d’épreuves tirées de cet état ; par exemple : 1er état 1/3, 1er état 2/3, 1er état 3/3 ou 2e état 1/1, etc.
- · Les épreuves d’essai, qui correspondent aux essais d’encrage, doivent porter la mention épreuve d’essai. Toutes les épreuves du tirage proprement dit doivent porter deux numéros, correspondant au numéro de chaque épreuve et au nombre d’épreuves du tirage, par exemple : 1/60, 2/60, etc.
- Les épreuves d’artiste, marquées EA, sont les épreuves qui appartiennent en propre à l’artiste, en dehors du tirage numéroté qui peut devenir la propriété d’un éditeur. Les épreuves d’artiste ne peuvent en principe excéder 10% du tirage.
- Les épreuves hors commerce, marquées HC, sont celles qui sont données aux collaborateurs ayant pris part à la fabrication de l’estampe, tel que l’imprimeur, etc.
Le tirage étant effectué, la planche peut être rayée, mais beaucoup d’artistes ne rayent pas leurs planches. En 1974 la douane américaine a saisi des planches de Picasso rayées. L’avocat de l’artiste ayant assuré qu’aucune planche de Picasso n’était rayée, il est apparu qu’il s’agissait de faux caractérisés. Quant à la pierre et au zinc lithographiques, ils sont en général poncés ou sablés, et l’image disparaît.
Les retirages d’une planche doivent être mentionnés. Ils expliquent les différence de prix d’une épreuve à l’autre. Le prix d’un bois de Gauguin varie suivant qu’il s’agit d’un tirage exécuté par Gauguin lui-même à Tahiti ou d’un retirage effectué par Roy, ou par Pola Gauguin, vers 1921. Il est évident que beaucoup d’abus sont possibles : faux, retirages non mentionnés, épreuves d’artiste en trop grand nombre, tirages numérotés mais sur trois ou quatre papiers différents (150 exemplaires sur BFK de Rives, 150 exemplaires sur auvergne, 50 sur japon nacré cela fait 350 exemplaires. C’est encore raisonnable s’il n’existe pas une édition pour l’Europe, une pour l’Amérique, etc. En 1970-1975, ces pratiques, concernant quelques grands noms, étaient fréquentes). Comme pour l’originalité de l’estampe, la seule garantie de limitation des tirages est la sincérité de l’artiste et l’intégrité de l’éditeur et de l’imprimeur. Comme dans bien d’autres domaines, on ne peut investir intelligemment dans l’estampe sans être informé. |