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Calevaert-Brun

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La gravure est un art majeur comme la peinture, la sculpture, l'architecture et même la musique ; en effet, une gravure telle que les trois Croix de Rembrandt qui retrace le drame de la Passion que l'homme gardera dans sa mémoire jusqu'à la fin des temps n'est-elle pas une œuvre aussi grande qu'une symphonie de Beethoven ? Il suffit de regarder les différents états de cette planche pour comprendre la somme de méditations qui a permis une telle interprétation.

Voyons un peu les différents aspects techniques de la gravure:

D'abord la lithographie qui n'est pas à proprement parler une gravure mais un dessin fait sur pierre lithographique, soit avec un crayon gras, ou à la plume, au pinceau, avec une encre grasse. Une fois le dessin terminé, la pierre est préparée avec une solution acide gommée qui fait que l'eau prend sur les parties non dessinées et laisse intactes les parties protégées par le dessin. On laisse agir, puis, avec de l'eau et de la térébenthine, la solution est enlevée et le dessin effacé. On encre ensuite avec un gros rouleau, la pierre étant mouillée, le dessin réapparaît et on l'imprime.

Delacroix, Daumier, Corot, Géricault, Raffet, Charlet avec l'épopée napoléonienne, Toulouse-Lautrec, Manet et combien d'autres furent de grands lithographes. Regardez aussi ce magnifique portrait de Mallarmé par Whistler, fait avec une économie de moyens étonnante et où chaque trait est si essentiel qu'on ne pourrait en enlever un seul. Jean-Louis Boussingault de son côté, a su donner, en faisant jouer des noirs intenses, les plus dramatiques effets à ses lithographies. Dans ses illustrations de Léon-Paul Fargue, il fait sentir l'air, le gris argenté de Paris et la disposition sur la page est toujours admirable. La lithographie est le plus jeune des arts graphiques puisqu'il n'a pas beaucoup que cinquante ans d'âge.

Passons à l'eau-forte : un vernis mince est appliqué sur la plaque où l'on dessine avec une fine pointe. Ensuite cette plaque est mise dans un bain d'acide qui creuse les traits, par
morsures successives de façon à leur donner une force différente selon l'effet qu'on veut obtenir. Le vernis est ensuite enlevé et la planche encrée au tampon, essuyée avec de la tarlatane et terminée à la main. Elle est posée pour finir sur le plateau de la presse, une feuille de papier mouillée par- dessus, on rabat les langes, on tourne le volant : l'épreuve est faite.

L'œuvre gravée de Rembrandt, ce prince des graveurs, rivalise avec son œuvre peinte. Toutes ses gravures méritent une égale attention : que ce soient les portraits de sa mère, de sa femme Saskia, qu'il a tant aimée, de Jan Six, ce Docteur Faustus, inquiétant personnage cabalistique, ou des sujets simples comme la mort du Cochon et tous ceux de cette vaste source d'inspiration que fut pour lui la Bible. Notons que c'est le seul livre qui figurait sur l'inventaire de la vente de ses biens.
Signalons à la même époque, Seghers, l'homme aux multiples recherches que Rembrandt admirait. Van Ostade, Van Vliet, Ruysdäel ; les splendides portraits de Van Dyck et tant d'autres. En France, Callot avec les Misères de la Guerre et le dramatique Martyr de saint Sébastien. En Italie, le grand Piranesi qui grava ces belles planches de la Rome antique et surtout cette série merveilleuse de Prisons où il donna libre cours à sa grande imagination. En Angleterre, Whistler avec ses vues de la Tamise et cette aérienne suite de Venise. Enfin, ici Méryon, ce malheureux Méryon qui fit ces belles planches de Paris, pleines de mystère et d'un lourd charme tragique. Hanté par la cabale et miné par la folie, il détruisit ses plus belles planches, et Baudelaire qui l'avait en profonde admiration se trouva dans l'impossibilité de l'aider. Regardons par exemple " la Morgue", cette morgue se trouvant au bout de la Cité comme une proue fendant les eaux : un ciel lourd, des cheminées exhalant d'épaisses fumées, des façades blafardes, des fenêtres comme des yeux curieux et insouciants, des bateaux lavoirs et au premier plan le drame quotidien de la grande cité : on vient de retirer un noyé de la Seine. Et cette gravure du Stryge qui du haut de Notre-Dame contemple d'un œil impassible, les misères plus que les joies.

Tout en gravant ces admirables chefs d'œuvre frémissants de vie, le pauvre Méryon sombre dans la folie qui l'amène à Charenton où il meurt. En Espagne, Goya avec les Caprices et les Désastres de la Guerre atteint un point culminant de la gravure. Dunoyer de Segonzac, parmi ceux d'aujourd'hui, grave des portraits, des illustrations, des paysagesd'une pointe alerte qui capte l'air et la lumière.

Passons maintenant à la pointe sèche : c'est une gravure faite sur le cuivre nu en creusant plus ou moins fort, avec une pointe , pour obtenir l'effet voulu.

Rembrandt s'est servi de la pointe sèche seule ou avec l'eau forte; Rodin a fait de beaux portraits de Victor Hugo; Boussingault lui aussi a réalisé de magnifiques pointes sèches pour illustrer le Spleen de Paris de Beaudelaire.

L'aquatinte est le procédé qui, par le moyen d'un grain de résine saupoudré sur la planche et chauffée pour la faire adhérer, permet d'obtenir des tons.

Pour le vernis mou, la planche est vernie avec un vernis dit mou sur lequel un papier est posé. On dessine sur le papier au crayon et lorsqu'on enlève le papier, le dessin est reproduit sur le vernis. Les morsures se font comme pour l'eau-forte.

L'aquatinte et le vernis mou sont des procédés très utiles pour la gravure en couleur.

Dans la manière noire ou mezzotinte, la planche est bercée dans tous les sens avec un outil appelé " berceau ", selon le mouvement donné dans l'emploi. C'est un travail long et délicat. La manière noire fut inventée en Allemagne et a eu une très grande vogue en Angleterre surtout comme un moyen de reproduction ; mais qui est bien délaissé actuellement.

Boussingault, de nos jours, est celui qui a fait les plus belles manières noires, avec son album " Visages ".

Quant au burin, c'est un outil emmanché qu'on tient dans le creux de la main, et assez difficile à manier. C'est le plus ancien des procédés avec la gravure sur bois.


Son domaine est très vaste : la France, l'Italie et l'Allemagne ont donné de très grands graveurs au burin : Albrecht Dürer fut l'un des plus grands, voir sa planche Melancholia ou ses belles gravures avec ces chevaux qui semblent calqués sur des dessins de Leonardo da Vinci. Mantegna également avec ses personnages sculpturaux et hiératiques, sans compter cette pléiade de grands graveurs " de reproduction " ; car les peintres, avant nos procédés modernes faisaient ainsi connaître leurs tableaux. Plus près de nous Nanteuil et les portraits des grands hommes de son époque, du Cardinal de Retz à Louis XIV. Comme modèles pour ses gravures, Nanteuil faisait des pastels de toute beauté, d'une profondeur et d'un éclat incomparables. Edelinc fut un grand graveur de reproduction. Parmi les modernes il faut citer Laboureur et Soulas qui avec un métier tout à fait différent ont gravé de belles planches.

Et pour terminer la gravure sur bois : il en existe deux sortes.
Sur bois de fil et sur bois debout. Sur le bois debout, la gravure est faite avec un burin semblable au burin pour la gravure sur métal. Sur le bois de fil, on grave avec des couteaux bien coupants. Il faut regarder les splendides gravures du moyen âge pour se rendre compte de la beauté de ces images, souvent anonymes. Le champ est si vaste que je ne peux que vous conseiller d'aller voir une collection de gravures, contenant par exemple les Chevaliers de l'Apocalypse, de Dürer ou parmi les Japonais, Utamaro, Hiroshigé, Hokusai. C'est du reste vers la Chine qu'il faut retourner pour trouver l'origine du bois gravé au Japon.

Je n'ai fait que glaner un épi ici et là pour vous donner une idée de la gravure ; c'est à vous maintenant de pousser plus loin l'étude de cet art subtil et puissant…

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